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Parfois le vent, parfois le ciel et d’autres fois encore, la lune.
Jour de lessive pour la folie.
La voilà qui installe son linge et étale ses secrets au fond du lavoir.
En général, en fin de semaine, quand les couleurs deviennent fortes.
Quand les murs aussi.
Alors la folie.

Peut laver son linge au vu et su de tout le village.
Il faut voir sa manière.
Celle unique, la sienne. Lessiver la folie.
La rendre fluide.
Humide et brillante.
Folie qui se met à flotter sur un coussin. Taché de blanc.
Tapis volant de rêves secs.
Mais aussi la surface, les chemises, le corps sans poids.

 

 

 

C’est que le corps, ça glisse, ça se glisse dans les habits, ça disparaît.

 

Alors on ne sait plus si.
On va disparaître.
Les villageois nomment chaussette ce pied égaré au lavoir.
Pour se rassurer sur le sens des mots et du corps. S’il y en a.
Sang et corps, disent les villageois en regardant le linge qui.
Flotte entre les eaux.
Sans le fou occupé à sa lessive invisible.

 

 

 


Exactement en fin de matinée mais peut-être.
Aussi la nuit. Le matin très tôt qui l’a vu ?


La folie se récure les ongles en se regardant dans le lavoir, à l’envers, et elle glisse
ensuite doucement dans l’espace ouvert, entre les piliers, entre leur reflet.
Les mains propres.
De haut en bas ça disparaît.
La crasse aussi.
La peur.

 

 


On dit triangle quand on craint de nommer cette mort.
Ou plutôt rectangle.


Un serpent-ruban détache les amarres du coussin.
Qui oublie de rêver. On dit aussi dériver.
Pas dans un lavoir. Rêver.
A des eaux libres sans retenue ni bordure d’ardoise.
Sans plus de vêtements pour se couvrir.
Ni rien.

 

 


Bouche noire et l’œil blanc celle.


C’est l’eau, cette Mère noire, la Médée des lavoirs, la.
Folie des lessives entreprises à la fin des hivers.
Encore la chaussette dit l’homme, encore. Une copie de mon pied.
Nu.
Et le linge chiffonné du corps et sa chemise qui l’enveloppe.
Parfois. Le protège de.
Certains disent.
Dehors la lessive, dehors, pas dans le lavoir.

 

 


Comme si le bleu pouvait suffire à.

 


Comme à la marge du puits.
Bleue. Ce que Fille nommerait écharpe.
Lui dirait juste un foulard pour se protéger du vent.
Et puis encore Médée noire, du fond des eaux, venue au lavoir.
Pour ?
Cette eau verte/froide/glacée aux mains mais à la bouche :
à boire toute la soif.

 

 


On poursuit.
Celui qui fait ce scandale du lavoir. Après on change de cible.


La poursuite du bleu est dans la lessive et les mains.
Rougies de froid. Epargnées par le serpent blanc issu du coussin.
Personne ne sait où se cache le savon. De Marseille.
Pas même la folie le sait.

 

 


Si le fou a disparu, elle non.



Ophélie cherche de l’or au fond du lavoir. Sans lumière venue d’en haut.
Une maison. Celle du fou.
Le pendu s’appelle Judas Iscariote et joue aux tarots avec l’eau des puits et des sources.
Permet de faire bien propre la lessive.

 

 


Car ça s’avance noir et immobile, ça se noie là dedans à l’angle du lavoir, des yeux sans un regard. Sans le corps du fou sans ses habits à lessiver de frais.
Pierres des puits si froides à caresser.

 

 


Bras sans manches, corps sans chemise.
L’odeur du linge séché au soleil.


Petites chemises de la faim que la folie désosse patiemment avant.
De les jeter aux orties loin des regards des villageois.
En attente d’être revêtues d’un corps, celui du fou et de sa lessive.

Qui exaspère les voisins et les villageois qui n’aiment la propreté que si vraiment nettoyée de celui qui la porte.
Elle n’est pas le fait des fous.
Alors c’est trop tard pour faire sa lessive.

 

 


On parle conférence à des gens lessivés de fatigue.
Qui vont aller s’allonger au fond.
Du lavoir.

 


Si tu regardes bien, tu aperçois la huppe bleue venue chercher.
Le fou et sa lessive.
Tous les deux bien propres et elle. La huppe.
Un oiseau dont la grande sagesse n’est plus
à démontrer. La voilà bleue dans le lavoir.
Conférence entre elle et son fou, entre le fou et sa lessive.
Sans toi.

 

 

 

Il bucato della follia

Foto 1.
A volte il vento, a volte il cielo e altre volte ancora, la luna.
Per la follia è giorno di bucato.
Eccola che sistema il suo lenzuolo e ne dispiega i segreti in fondo al lavatoio.
Di solito, a fine settimana, quando i colori si rafforzano.
E anche i muri.
La follia, allora.
Può lavare il suo lenzuolo a vista e a conoscenza di tutto il paese.
Bisogna vedere in che modo.
Quello unico, il suo. Fare il bucato alla follia.
Renderla fluida.
Umida e brillante.
Follia che si mette a galleggiare su un cuscino. Macchiato di bianco.
Tappeto volante di sogni secchi.
Ma anche la superficie, le camicie, il corpo senza peso.

Foto 2.
Il fatto è che il corpo scivola, lui scivola dentro i vestiti e scompare.
Allora non si sa più se.
Si sparirà.
I paesani chiamano calzino quel piede smarrito al lavatoio.
Per rassicurarsi sul significato delle parole e del corpo. Se c’è.
Sangue e corpo, dicono i paesani osservando il lenzuolo che.
Galleggia tra le acque.
Senza il folle, intento al suo bucato invisibile.

Foto 3.
Precisamente a fine mattino, ma chissà.
La notte, anche. Chi l’ha visto di mattina molto presto?
La follia si sfrega le unghie osservandosi nel lavatoio, a rovescio, e poi scivola lentamente nello spazio aperto, tra le colonne, tra i loro riflessi.
Con le mani pulite.
Dall’alto in basso, scompare.
Anche la sporcizia.
La paura.

Foto 4.
Si dice triangolo quando si ha paura di nominare quella morte.
O rettangolo, piuttosto.
Un nastro-serpente molla gli ormeggi del cuscino.
Che dimentica di sognare. Si dice anche andare alla deriva.
Ma non dentro un lavatoio. Sognare.
delle acque libere senza nessun argine neppure i bordi dell’ardesia.
Senza più abiti per coprirsi.
Né niente.

Foto 5.
Bocca nera e occhio bianco.
È l’acqua, questa Madre nera, la Medea dei lavatoi, la.
Follia dei bucati iniziati a fine inverno.
Ancora il calzino, dice l’uomo, ancora. Una copia del mio piede.
Nudo.
E il lenzuolo stropicciato del corpo e la sua camicia che l’avvolge.
Talvolta. Lo protegge da.
Dicono alcuni.
Fuori il bucato, fuori, non nel lavatoio.

Foto 6.
Come se il blu potesse bastare per.
Come ai margini del pozzo.
Blu. Quello che la Ragazza chiamerebbe sciarpa.
Lei direbbe un foulard proprio per proteggersi dal vento.
E dopo ancora la Medea nera, dal fondo delle acque, apparsa nel lavatoio.
Per che cosa?
Quell’acqua verde/fredda/gelida nelle mani come alle labbra:
per bere tutta la sete.

Foto 7.
Si ricerca.
L’autore di questo scandalo del lavatoio. Dopo si cambia obiettivo.
La ricerca del blu è nel bucato e nelle mani.
Arrossate dal freddo. Risparmiate dal serpente bianco scaturito dal cuscino.
Nessuno sa dove si nasconde il sapone. Di Marsiglia.
Neppure lo sa la Follia.

Foto 8.
Se il folle è scomparso, lei non lo è.
Ofelia cerca l’oro in fondo al lavatoio. Senza una luce scesa dall’alto.
Una casa. Quella del folle.
L’impiccato si chiama Giuda Iscariota e gioca ai tarocchi con l’acqua dei pozzi e delle fonti.
Consente di fare un bucato pulitissimo.

Foto 9.
Occhi senza sguardo avanzano neri e immobili, annegano là nell’angolo del lavatoio. Senza il corpo del folle senza i suoi abiti da farne un fresco bucato.
Pietre dei pozzi così freddi da accarezzare.

Foto 10.
Braccia senza maniche, corpi senza camicia.
Odore di lenzuola asciugate al sole.
Piccole camicie della fame che la follia ha scarnificato prima.
Di buttarle alle ortiche lontane dagli sguardi dei paesani.
In attesa di essere reindossate da un corpo, quello del folle e del suo bucato.
Che esaspera i vicini e i paesani che non amano la pulizia se non proprio quando chi la indossa si è cancellato.
Non è cosa che riguarda i folli.
Allora è troppo tardi per lui, fare il bucato.

Foto 11.
Si conciona a della gente lavata di stanchezza.
Che si distenderà sul fondo.
Del lavatoio.
Se guardi bene, scorgerai l’upupa blu venuta a prendersi.
Il folle e il suo bucato.
Entrambi perfettamente puliti e lei. L’upupa.
Un uccello la cui grande saggezza non è più
dimostrabile. Eccola là, blu dentro il lavatoio.
Un gran discorso tra lei e il suo folle, tra il folle e il suo bucato.
Senza di te.

(traduzione di L.F.)